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Pourquoi la montagne a-t-elle acouché d’une souris?

Hier, donc les organisateurs nous ont enfin communiqué une affiche quasi complète du festival, et ont en particulier dévoilé le nom du dernier headliner qui nous manquait: Metallica.Metallica-2013

Je ne veux rien enlever au mérite de ce groupe qui, comme le souligne Michael Eavis, jouit d’une très grande popularité à l’échelle planétaire. Mais cette annonce n’a rien de retentissant. C’est un groupe qui tourne beaucoup, et qu’il est somme toute assez aisé de voir. Cette année ils sont programmés à Sonisphère, Rock Am Ring, Pinkpop, et Werchter, entre autres… La venue d’un groupe de métal à Glastonbury, en tête d’affiche le samedi (la position la plus prestigieuse), est une chose inédite, certes! Mais ce n’est pas non plus comme si on nous avait annoncé un événement particulièrement exceptionnel, de l’acabit de ce que les rumeurs envisageaient: la reformation d’Oasis, le retour de Bowie, ou de Prince, voire un exceptionnel concert de Led Zep. Alors pourquoi avoir conservé cette information secrète lorsque le 4 avril dernier les grandes lignes du programme nous ont été dévoilées?

A mon avis la réponse, tient à ce que j’appelle l’effet Jay-J (cf. Compte à rebours…). Je le rappelle en 2008, le festival de Glastonbury n’était pas sold-out à l’ouverture des portes, probablement à cause de la présence du rappeur Jay-Z en tête d’affiche. En effet, on peut supposer que le public usuel du festival, plutôt rock/pop voire indie, n’était pas particulièrement attiré par ce type d’artiste, provocant ainsi cette désaffection, inédite depuis le début des années 2000. Programmer un groupe de métal, revient à prendre le même genre de risque que pour Jay-Z. Ce courant musical a son public, mais il crée à l’inverse des réactions de rejet fréquentes. De nombreuses personnes vont supporter certains styles dont ils ne sont pas familiers, mais moins facilement tout ce qui découle du hard-rock, en général,a cause de son son agressif qui peut difficilement passer par un oreille et sortir par l’autre. Bien souvent on aime ou on n’aime pas, mais peu sont indifférents.

Compte tenu de ces considérations, il me parait évident que les Eavis, se sont sentis obligés de garder l’information secrète jusqu’à la clôture des ventes de billets. Lorsque le processus de paiement du solde des tickets a été enclenché, pour accélérer le mouvement, on nous a donné cette première affiche du 4 avril avec « special guests » en guise de tête d’affiche aux côtés d’Arcade Fire et Kasabian. L’avantage était double: ne pas dissuader le grand public, mais aussi induire les rumeurs les plus folles que j’ai évoquées au dessus.

Du coup en même temps qu’on nous lâche l’information, Michael et Emily Eavis se fendent d’une interview sur leur propre site.

We caught up with Michael and Emily Eavis for a quick chat about tonight’s headliner announcement.

Nous avons attrapé Michael et Emily Eavis pour une rapide discussion à propos de l’annonce de la tête d’affiche ce soir.

Comme s’ils étaient passés dans un couloir et hop… tiens si vous nous expliquiez pourquoi Metallica? Bon, évidemment papa et sa fille se sentent justement obligés de justifier leur choix. Soit dit en passant, j’insiste une fois de plus, Metallica à mon avis mérite le statut qui leur est confié. Sur ce point rien à dire. Dans l’interview Michael Eavis, explique justement la même chose. Metallica est un groupe confirmé, qui remplit les stades, donc apprécié par un grand nombre de personnes, et qui a donc toute sa place à Glastonbury. Il insiste sur la variété de la programmation, qui a toujours été un souci pour lui, et il évoque même certains risques pris (dont Jay Z en 2008). Tout se tient, mais… Le risque n’était pas complètement assumé, puisque la chose a été complétement cachée tant que des tickets étaient en vente. D’autant qu’on peut raisonnablement penser que Metallica avait déjà signé pour 2014, au moment où ce n’était sans doute pas encore le cas pour Arcade Fire.

Je pense que le traumatisme vécu en 2008, est à jamais ancré dans le cerveau de Michael Eavis et sa fille. Le festival de Glastonbury a mis beaucoup de temps d’abord à être rentable, puis à faire sold-out à l’ouverture. Ce qui nous apparait aujourd’hui comme un évènement incontournable, fut longtemps un festival comme les autres, tout du moins vu de son économie. Ce que les organisateurs ont réussi à créer aujourd’hui, je pense qu’il ne le considéreront jamais comme acquis. Sans doute le conditionnement d’agriculteur de Michael Eavis, lui fera à jamais conduire la destinée du festival avec beaucoup de circonspection. Il l’avoue même dans l’interview accordée le 26 avril il dit:

« It’s my ultimate aim, I suppose it’s my last ambition – I’ve done everything else I set out to do, » he said. « What I’d love is that everyone bought their tickets without knowing the headliners, and just came anyway. »

« C’est mon ultime objectif, j’imagine que c’est ma dernière ambition – j’ai fait toutes les autres choses que je pouvais faire, » dit-il. « Ce que j’aimerais vraiment faire c’est que tout le monde achète sa place sans savoir qui est à l’affiche, et se contente de venir quoiqu’il advienne. »

Voila à quoi il faut s’attendre les années à venir, bien que de garder de tels secrets soit en fait très difficile…

 

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