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Chapitre 3 – L’abbaye de Glastonbury

En marge de tout récit légendaire, et qui soit donc sujet à caution, il semble avéré que dès le 1er siècle, une communauté de moines s’était établie à Glastonbury. Sans doute faut-il voir là, la raison pour laquelle on aura situé là le berceau de la chrétienté britannique. De fait, si Joseph d’Arimathie devait en être le père, il est logique que la légende l’ait fait s’installer là, que ce soit là qu’il y ait caché le Graal, et que ce soit là que se situait la légendaire ile d’Avalon.

En fait, cette communauté religieuse très ancienne, jette à l’époque anglo-romaine les fondations de l’abbaye de Glastonbury, qui ne cesse de croitre jusqu’au début du 10eme siècle. Elle devient alors très fréquentée, et lieu de pèlerinage important. Mais un incendie ravage l’abbaye en 1184. Le temps de rebâtir les lieux, les pèlerins disparaissent, et les difficultés financières s’accumulent. « Par chance », lors de travaux dans le cimetière, deux anciennes tombes sont trouvées dans lesquelles on découvre les corps, d’un homme et d’une femme l’un à côté de l’autre, et juste à côté de ces sépultures on déterre aussi une croix portant l’inscription Hic jacet sepultus inclitus rex Arthurus in insula Avalonia (Ici repose le célèbre roi Arthur sur l’île d’Avalon). Les moines peuvent alors annoncer au Monde, que le célèbre roi Arthur était enterré à Glastonbury. Peut de temps auparavant, en 1138, l’Historia regum Britanniae de Geoffrey de Monmouth avait jeté les bases de la légende d’Arthur, dans un ouvrage traitant des rois de Grande-Bretagne, vu par ses contemporains comme un ouvrage historique, et dont les faits étaient bel et bien réels. Il faut bien comprendre qu’à l’époque, la science historique ne disposait pas des mêmes moyens qu’aujourd’hui. A la décharge du premier historien britannique, concernant Arthur, qui est considéré comme le premier roi du pays, on ne sait pas bien s’il a réellement existé ou non. Les récits de Geoffrey de Monmouth sur Arthur sont repris un peu plus tard par le français Chrétien de Troyes qui dès 1170 en fait une série de best-sellers de l’époque. L’ensemble de ses récits arthuriens vont avoir un succès considérable, et depuis la France se répandent sur toute l’Europe.

Croix de la tombe du roir Arthur

Reproduction de la croix trouvée dans la tombe d’Arthur.

La tradition situait nombre d’évènements de cette légende entre la plaine de Salisbury et la côte Nord de Cornouailles. Il est vrai par ailleurs, qu’à l’époque de l’âge du fer, Glastonbury était une cité lacustre construite sur une ile, l’ensemble des territoires environnants étaient, eux, recouverts par la mer qui avançait jusque là. Peut-être, le souvenir de cette époque perdurait, et le fond de légendes les plus anciennes de la tradition pouvait y faire référence, en plaçant là où la terre et la mer se mêlaient, l’ile d’Avalon. Les récits de Geoffrey de Monmouth, et de Chrestien de Troyes, trouvent leur origines dans les mythes immémoriaux de la région, du pays de Galles, et de la Bretagne française, en d’autres termes des pays de tradition celtes. Il y a fort à parier que se basant sur ces traditions géographiques, les moines de Glastonbury, virent l’opportunité de redonner du lustre à leur abbaye en « exhumant » Arthur et Guenièvre en leurs murs, profitant ainsi de la très grande popularité de la légende arthurienne, et attirer à nouveau les pèlerins dans leur abbaye. C’est exactement la même stratégie, que celle qui fit apparaitre à la même époque, nombre de reliques, et de sépultures de saints divers et variés. Quoi qu’il en soit, les croyants considèrent dès lors Glastonbury comme emplacement de l’ile d’Avalon puisqu’on y avait trouvé la tombe d’Arthur. En conséquence c’est donc là, aussi que devait se trouver le Graal qu’avait ramené avec lui Joseph d’Arimathie, et que les chevaliers de la table ronde avaient tant cherché. La chose se justifie d’autant mieux que les fondations chrétiennes de ces lieux, datent des premières heures de l’évangélisation du pays. Glastonbury devint donc, dans l’esprit de tous, le lieu où Joseph d’Arimathie avait vu son bâton de pèlerin se transformer en aubépine, et d’où il avait répandu la foi chrétienne en Grande-Bretagne. La boucle est bouclée.

L’aubépine de Joseph d’Arimathie, ainsi que l’abbaye restent longtemps lieu de pélerinage, jusqu’à une date fatidique en Grande-Bretagne. En 1534, comme Henry VIII ne parvient pas à faire annuler son mariage par le Pape, fait sécession avec l’église romaine, et instaure l’église anglicane. Avec ce remaniement religieux, il fait dissoudre les monastères, prieurés et abbayes, ce processus dure de 1536 à 1541, et n’épargne pas Glastonbury. Le dernier abbé de l’abbaye, Richard Whiting est pendu au sommet du Tor (la colline qui surplombe la ville) en 1539 en tentant de s’opposer au démantèlement de l’édifice. Ce lieu, très riche est pillé puis détruit, il n’en reste désormais que des ruines, mais même en ruine ce qui reste est majestueux.

Abbaye de Glastonbury

L’abbaye de Glastonbury aux environs de 1900.

Les légendes arthuriennes perdurent dans les livres, mais on oublie un peu Glastonbury, jusqu’à ce que quelqu’un déterre la légende. En 1808, le poète romantique William Blake publie un poème sans titre, que l’on dénomme désormais « Jerusalem ».

And did those feet in ancient time
Walk upon England’s mountains green:
And was the holy Lamb of God,
On England’s pleasant pastures seen!

And did the Countenance Divine,
Shine forth upon our clouded hills?
And was Jerusalem builded here,
Among these dark Satanic Mills?

Bring me my Bow of burning gold;
Bring me my Arrows of desire:
Bring me my Spear: O clouds unfold!
Bring me my Chariot of fire!

I will not cease from Mental Fight,
Nor shall my Sword sleep in my hand:
Till we have built Jerusalem,
In England’s green & pleasant Land

Une fois n’est pas coutume, mais je ne me lancerai pas à tenter une traduction de ce poème. Les non anglophones m’excuseront, mais je ne veux pas tenter une adaptation maladroite de ce texte, qui est non seulement un des plus important d’Angleterre, mais aussi porteur de beaucoup de sens. Notons que si God Save the Queen est hymne de Grande-Bretagne, l’Angleterre en tant que nation dans la Grande-Bretagne n’en dispose pas. Le souverain peut choisir à sa convenance ce qui en tient lieu. Avec God Save the Queen, et Rule Britannia, Jerusalem fait partie des grands chants patriotiques qui ont servi d’hymne anglais. Et ce texte justement, fait référence à l’abbaye de Glastonbury et sa légende. Il évoque le fait que Jésus accompagné de Joseph d’Arimathie auraient arpenté les vertes collines de l’Angleterre. On peut voir dans le vers Walk upon England’s mountains green, l’image du Tor de Glastonbury. Le décor est désormais planté. La campagne anglaise, pétrie de ses traditions, de ses mythes, et de ses légendes, est prête pour voir apparaitre des cohortes hippies, qui vont sillonner ses chemins, et pour que dans un tout premier temps, 1 500 d’entre eux s’égarent un jour dans un modeste festival. C’est l’objet du Chapitre 4 – Pilton Pop, Blues & Folk Festival