Glastotrip

Glasto blues

Girls in Glastonbury

Dans un de mes articles précédent, j’évoquais le fait que 2020 serait sans doute mon dernier Glastonbury. Pour être précis j’envisage pour le moins un long hiatus. Je tentais aussi d’expliquer ce qui désormais, produit chez moi, une certaine lassitude vis à vis du festival. J’ai beaucoup de mal à exprimer ce sentiment, et je veux donc y revenir ici en partant d’une anecdote trouvée sur le forum eFestivals. Voici le témoignage en question, publié dans un thread intitulé: « Pourquoi les tickets sont-ils si difficile à obtenir maintenant? »

There are a lot of things but the main one has to be social media.
I had a friend post a picture this year on the Wednesday of her say by the Glastonbury sign so I messaged Thursday evening and said « Were are you camped? Shall we meet up for an act over the weekend? »

Her reply – seriously – was along the lines of « We only came for the Wednesday/Thursday but we’ve gone home now as we had plans for the weekend…. still done Glasto though!! »

Now as much as they’re my friend I can’t help but feel they came just for the Instagram opportunity. If we have people trying for tickets who claim they’ve « done Glasto » and going home on the Thursday then what hope have we got of it ever being anywhere near 2009 levels?

https://www.efestivals.co.uk/forums/topic/232394-2009-v-2019-why-are-tickets-so-hard-to-get-now/?tab=comments#comment-5782910

Pour un tas de raisons mais la principale doit être les réseaux sociaux. J’ai une amie qui a posté une photo cette année le mercredi disait elle où elle était devant le signe Glastonbury alors je lui ai envoyé un message le jeudi soir lui demandant « Où campez vous? On pourrait se voir pour faire un concert ensemble pendant le weekend? »

Sa réponse – sérieusement – était, dans les grandes lignes, « On est juste venu pour le jeudi/vendredi mais on est rentré à la maison maintenant parce que nous avions d’autres plans pour le weekend… mais on a quand même fait Glasto!! ».

Maintenant, même s’ils sont mes amis, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils sont venus juste pour l’opportunité de poster sur Instagram. S’il y a des gens qui essaient d’obtenir des tickets juste pour dire qu’ils ont « fait Glasto » et rentrent à la maison le jeudi alors quel espoir avons nous de revenir à la situation de 2009?

La situation de 2009, évoquée dans ce post, fait référence au fait que, ectte année là, les tickets avaient été vendus en 4 mois. Et plus précisément, dans ce thread quelqu’un, donnait l’évolution de la durée de vente des tickets en pré-vente:

  • 2008: sold-out la veille de l’ouverture (catastrophe Jay-Z)
  • 2009: 4 mois
  • 2010: 12 heures
  • 2011: 4 heures (mon premier Glasto)
  • 2013: 1h40mn (là on passe clairement à une nouvelle époque)
  • 2014: 1h27mn
  • 2016: 33mn
  • 2017: 50mn
  • 2019: 36mn
  • 2020: 34mn

Donc, je confirme qu’il est impensable de revenir à la situation de 2009, où le festival se vendait en plusieurs mois. Car, maintenant, Glastonbury n’est plus le havre underground connu seulement de passionnés de musique un peu marginaux. C’est devenu un endroit à la mode, où certains en mal de hype viennent montrer à quel point ils sont cools, attirés par la programmation d’exception, et qui visitent les Green Fields comme si c’était un zoo.

Ces personnes, on les reconnaît facilement. Ils sont en short et polo de marque, s’il fait soleil ils ont un aussi un élégant chapeau. Ils ont des bottes, mais elles sont nickel. Les pieds dans la boue, madame reste super smart avec une coupe de champagne à la main. Ajoutons à ce public de la upper-class, une flopée de gamins qui ne connaissent des artistes présents, que ceux qui se produiront sur les plus grandes scènes. Et encore n’ont ils connaissance de leur répertoire, que les deux ou trois succès listés en premier par Spotify. Eux, vont de verre en verre, et de concert en concert, pour dire: « j’ai fait Fatboy Slim à Glasto, trop dément »! Ou ils s’évertuent à se placer en première ligne sous les caméras de la BBC pour ensuite envoyer un SMS à leur potes restés à la maison: « Did you see me waving on tely in front of Pyramid!? » Soyons honnête, je concède dresser ici un portrait très caricatural, et il y en a des comme ça, de plus en plus souvent, dans les zones VIP de tous les festivals. Mais là… on est à Glastonbury bon sang! Le festival différent par excellence. Un festival créé par des hippies, et dont l’âme a été maintenue par toute une frange de contre culture, portée par un mélange de post-hippies, ravers, travellers et autres marginaux. Là où la fine fleur de la Pop anglaise s’est révélée, bien avant de devenir mainstream.

Mais ce que n’ont pas compris, tous ces gens, c’est qu’en réalité même s’ils sont là, ils ne font pas partie du festival. Ils s’y trouvent comme une incongruité. Par chance, comme ils passent le plus clair de leur temps devant les grandes scènes, ou à boire devant leur tente et dans les bars, on les voit assez peu polluer les lieux les plus authentiques. C’est surtout le mercredi et le jeudi, qu’ils déambulent au hasard dans les allées. Dès le vendredi, ils sont collés aux grandes scènes. Cependant, il faut faire avec, et ils font partie du paysage, comme l’inévitable cannette qui finit un jour par apparaitre dans le coin de campagne secret et préservé où l’on avait l’habitude de se ressourcer. Glastonbury est à la mode. The place to be. Le problème de la mode, c’est qu’elle court très loin derrière comme disent les Fabulous Trobadors. Depuis qu’il est si populaire, Glastonbury n’est donc plus vraiment le même, sans doute bien moins the place to be qu’il ne l’était avant. Trop tard!

Pourtant, depuis que nous avons nos places pour 2020, j’éprouve une réelle excitation. J’ai envie d’y aller. Probablement l’année de jachère, et l’impasse de l’année dernière, y sont pour quelque chose. J’ai envie d’en être encore une fois. Mais quitte à passer pour un vieux con, je sens bien que je fais partie de ceux qui sont nostalgiques des éditions passées, et qui considèrent qu’il n’est désormais plus possible de faire aussi bien. Glastonbury est devenu trop bien huilé, trop bien organisé, et trop « bien » fréquenté.

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